« Objectif 100 hectares », Paris passe au vert

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« Objectif 100 hectares », Paris passe au vert

DES POIREAUX SUR LES TOITS, DE LA VIGNE LE LONG DES MURS : LA MAIRIE DE PARIS AMBITIONNE DE VÉGÉTALISER 100 HECTARES DE BÂTI À L’HORIZON 2020 DONT UN TIERS DÉDIÉ À L’AGRICULTURE. C’EST 10 FOIS PLUS QU’AUJOURD’HUI. POUR RELEVER CE DÉFI ELLE S’APPUIE SUR UN RÉSEAU DE PARTENAIRES PUBLICS ET PRIVÉS, DONT LA RATP. RENCONTRE AVEC PÉNÉLOPE KOMITÈS, ADJOINTE AU MAIRE DE PARIS EN CHARGE DES ESPACES VERTS.

100 hectares dans une ville dense comme Paris, est-ce vraiment réaliste ?
C’est ambitieux mais tout à fait réalisable dès lors que ce projet mobilise l’ensemble des acteurs de la ville. Nous allons végétaliser le patrimoine de la Ville, mais nous avons aussi sollicité les entreprises publiques comme la RATP, ainsi que celles du privé. Tous nos partenaires - une trentaine actuellement  - s’engagent à fournir des surfaces sur leur bâti pour développer des projets de végétalisation sur les toits et murs et des projets d’agriculture urbaine sur les terrasses, au sol ou dans les parkings.

A terme, ce sont les syndicats de copropriétaires qui seront sensibilisés. Nous voulons faire de cette opération un démonstrateur de l’engagement de tous en faveur de la nature et la biodiversité en ville.

La nature est une composante essentielle de la ville durable, elle influe notamment positivement sur le climat, la pollution, participe à la biodiversité, au bien-être des gens et renforce le lien social. De grandes capitales voisines comme Berlin, Bâle ou Bruxelles l’ont bien compris, il est temps de rattraper notre retard dans un secteur en pleine innovation.

Vous lancez un appel à projets international pour végétaliser ce bâti, pourriez-vous nous en dire plus sur cette démarche ?
L’ambition est d’encourager la diversité et l’innovation en sollicitant le concours d’acteurs issus d’horizons variés, professionnels comme associatifs, en France comme à l’étranger. Au total, nous allons retenir une quarantaine de projets pour verdir ce patrimoine, 20 dédiés à la végétalisation, 20 à l’agriculture. Il pourra s’agir de jardins partagés, de permaculture, d’aquaponie ou de sylviculture, etc. Le projet se veut une vitrine sur les nombreuses innovations du secteur. Nous voulons montrer que les progrès technologiques ouvrent le champ des possibles et ce qui était inenvisageable hier l’est aujourd’hui.

La Mairie de Paris a pour projet de créer une ferme de 2500 m2, l’agriculture urbaine est-elle productive ?
L’agriculture urbaine peut générer de bons rendements. Des agriculteurs berlinois exploitent une ferme de 2 200 m2 en aquaponie qui produit annuellement 33 tonnes de poissons et 33 tonnes de fruits et légumes. Nous visons une agriculture rentable, organisée autour de circuits courts notamment sur le modèle des AMAP, avec un lien direct entre l’agriculteur et le consommateur.

En outre, la charte du projet signée par tous les acteurs pose le principe d’une végétalisation contribuant notamment à la biodiversité parisienne et à la gestion des eaux, ainsi qu’une agriculture urbaine multifonctionnelle pleinement intégrée dans les circuits de proximité, économe en eau et sans recours aux produits phytosanitaires.



RATP, un « Paris-culteur » aux côtés de la Ville
Des salades, des poules et même des écrevisses : depuis décembre dernier, la RATP exploite une mini-ferme au rez-de-chaussée de son siège parisien; une première étape dans le cadre de son partenariat avec la Mairie de Paris qui prévoit de végétaliser 100 ha de murs et de toits d’ici 2020.


Il y a des légumes, des arbres fruitiers, des herbes aromatiques : au total quelque 1000 plants répartis sur 200 m2, sans compter les animaux. La petite exploitation est basée sur l’économie circulaire et les circuits courts. Les bio-déchets qui permettent de nourrir les poules et les écrevisses sont fournis par les cuisines du restaurant d’entreprise tandis que les premières productions potagères ont vocation à l’alimenter.


Développé en partenariat avec l’université AgroParisTech*, ce démonstrateur est une première initiative visant à présenter les différents types d’agriculture urbaine mais aussi à fournir de nouvelles données exploratoires aux chercheurs.
Planifié sur 5 ans, il permettra de mesurer la contribution de ce type d’initiative à la biodiversité en milieu urbain dense, à la régulation de la température et à la rétention des eaux pluviales. Ce premier retour d’expérience profitera à l’ensemble des  projets planifiés sur le patrimoine de la RATP d’ici 2020, soit 33000 m² au total. 

*Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement

En chiffres...

200 m2;
1000 plants;
Production annuelle: de 700 kg à 1 tonne de végétaux;
4 poules produisent 1000 œufs et consomment 600 kg de déchets alimentaires;
41 écrevisses nourries par les déchets alimentaires du restaurant produiront de l’engrais avec leurs déjections.

26/01/2016
"La nature est une composante essentielle de la ville durable."