France : le stationnement en ville prépare sa révolution.

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France : le stationnement en ville prépare sa révolution.

À compter du 1er janvier 2018, ce seront les villes qui gèreront la tarification, le contrôle et le recouvrement du stationnement payant sur voierie. Une nouvelle organisation institutionnelle et réglementaire qui suscite des interrogations. Quel modèle privilégier ? Quels écueils à éviter ? Tour d’horizon avec François Le Vert, Directeur associé de Statiom, cabinet de conseil spécialiste du stationnement et de la mobilité. François Le Vert est auteur pour le GART* d’un benchmark sur les bonnes pratiques des pays européens.

La réforme du stationnement suscite bien des questions, qu’en pensez-vous ?

Les collectivités publiques sont dans le brouillard. Elles nourrissent des inquiétudes mais cette réforme est très salutaire pour la chaîne du transport. Les décisions vont être prises au plus près du terrain en fonction du contexte local.
Aujourd’hui la réglementation est inadaptée. Il suffit de regarder le taux d’acquittement des droits de stationnement : seulement 22% des Français paient spontanément, un taux qui tombe à 10% pour les Parisiens alors que chez certains de nos voisins, on est plus proche de 80 % de paiements spontanés.


Quels sont les enjeux du stationnement pour les villes ?

C’est un instrument de gestion des flux et des pratiques modales. Si on veut restreindre la pratique de la voiture en ville, le stationnement est un levier de régulation beaucoup plus efficace que la création de goulots d’étranglement sur la voierie.


Quels sont les grands enseignements de votre enquête européenne ?

S’il y en avait un à retenir, ce serait la nécessité d’avoir une vision globale de la politique de stationnement qui envisage de façon cohérente tous les aspects de sa gestion : tarification, sanction, contrôle, gestion des réclamations et plus largement, politique de transport public. À Barcelone, la mise en cohérence de la politique de stationnement et de celle de la mobilité aura donné des résultats probants à la fois en termes de gestion de l’espace public, de moindre utilisation de la voiture particulière et de partage modal.
 
Quelles sont les politiques tarifaires en Europe ?

Elles diffèrent d’un pays à l’autre. Le Royaume-Uni a fait le choix de pratiquer des tarifs horaires élevés. On peut noter d’ailleurs que le tarif du stationnement suit une évolution conforme à celle des tarifs du transport public, un autre exemple de pays où politiques de stationnement et de mobilité sont corrélées. En Espagne et au Portugal, en revanche, les tarifs sont peu élevés. Mais plus que le montant à acquitter, je dirais que l’équation la plus importante est la tarification du stationnement sur la voierie vis-à-vis de celle pratiquée dans les parkings. Si l’on veut privilégier les stationnements de courte durée dans la rue, un tarif exponentiel en fonction du temps passé sera dissuasif d’autant que le prix des parkings, lui, diminuera dans le temps. Si au contraire il reste cher, les voitures vont continuer de mobiliser la voirie, d’autant plus qu’elle est peu contrôlée.

Quelles sont les politiques de sanction qui ont fait leur preuve ?

Il y a principalement deux approches en Europe : les politiques douces et celles du « gros bâton ». En Espagne, quand vous n’acquittez qu’une partie de votre stationnement vous êtes sanctionné par une amende mais elle ne vous est pas appliquée tout de suite. Si vous avez payé pour deux heures et êtes au-delà de la limite vous disposez de deux heures pour régulariser votre stationnement et vous n’aurez qu’un petit dédommagement forfaitaire à verser. C’est très progressif et préjuge de la bonne foi du conducteur. L’acceptabilité est bonne avec un consensus social.
Au Royaume-Uni c’est plutôt une politique répressive avec des amendes très élevées atteignant 80 euros (même si on peut diminuer le prix en payant rapidement). Le taux de paiement spontané est aussi élevé qu’en Espagne mais il y a en revanche beaucoup de réclamations dont la gestion est très coûteuse.


Quel type de contrôle fonctionne ?

Si l’on veut un contrôle efficace l’analyse des expériences européennes montre qu’il faut le rendre le plus cohérent possible en le confiant à un seul et même intervenant. La plupart des pays qui ont confié le contrôle du stationnement payant à des agents dédiés et considéré le stationnement gênant comme une infraction relevant de la police municipale, ont vu des reports de stationnement des places payantes très surveillées vers les places interdites mais peu contrôlées, la police municipale étant par définition moins disponible.


Pourquoi militez-vous pour relier la chaine du paiement et du contrôle ?

Aujourd’hui en France, les chaines du paiement à l’horodateur et du contrôle sont bien distinctes contrairement par exemple à Amsterdam. Résultat, à Paris il y a 1700 agents qui surveillent 140 000 places, contre seulement 75 pour 160 000 places dans la capitale hollandaise.
La différence ? Chaque Amsterdamois enregistre son numéro d’immatriculation avant de payer. Les agents se « contentent » de sillonner les rues en voiture à 30 km/heure et scannent les plaques d’immatriculation avec une caméra reliée en temps réel à l’ordinateur enregistrant tous les paiements dans la ville. Le défaut de paiement est donc immédiatement constaté et la sanction automatisée par l’ordinateur sans même que l’agent n’ait à sortir de sa voiture.


Quel conseil donneriez-vous aux collectivités ?

Communiquer. Le Royaume-Uni a dû affronter des campagnes de presse très violentes, car la nouvelle réglementation avait été mal vendue politiquement. En France, l’Etat ne va pas communiquer, c’est aux villes d’informer leurs administrés de ces changements qui vont avoir un fort impact. La qualité de la communication va commander directement l’acceptabilité de la nouvelle réglementation.

 

François Levert
Présent dans le secteur du stationnement en France depuis 30 ans, François Le Vert a notamment été délégué général de Fédération Nationale des Métiers du Stationnement. Il a activement contribué aux débats qui ont animé la profession pendant plus de 15 ans. Expert de la réglementation française en matière de stationnement, il dirige Statiom spécialisé dans le conseil en mobilité et stationnement.

*GART : Groupement des Autorités Responsables des Transports

 

 



09/06/2016
À Paris, il y a 1700 agents qui surveillent 140 000 places, contre seulement 75 pour 160 000 places dans la capitale hollandaise.